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A la découverte des mystérieuses chauves-souris de Charente-Maritime

Depuis près de 15 ans, les chauves-souris de Charente-Maritime font l'objet d'études passionnées. A ce jour, 24 espèces ont été observées dans le département. Certaines sont communes et répandues, d'autres sont très rares et méritent des actions de protection ciblées.

 

Portraits de familles


Les chauves-souris de Charente-Maritime se répartissent en plusieurs familles dont l'écologie diffère profondément. La plaquette Connaître et protéger les chauves-souris du Poitou-Charentes apporte quelques éléments d'information sur leur mode de vie.

Les rhinolophes : trois espèces menacées


Les rhinolophes se reconnaissent au fait qu'il s'entourent de leurs ailes et se suspendent au plafond. Leur face arbore une feuille nasale en forme de fer à cheval. Trois espèces vivent en Charente-Maritime. Le Grand Rhinolophe est de la taille d'une grande boîte d'alumette, le Petit Rhinolophe de la taille d'une petite et le Rhinolophe euryale est intermédiaire. Cette dernière espèce est la plus rare. On compte une vingtaine d'animaux seulement en Charente-Maritime qui se reproduisent et hibernent dans des cavités souterraines protégées. Grand et Petit Rhinolophes se reproduisent généralement en milieux bâtis. Le grand Rhinolophe apprécie les combles volumineux. Le Petit Rhinolophe s'installe souvent dans des granges ou des chais, parfois des garages. En hiver, les deux espèces recherchent des milieux souterrains frais où ils hibernent, plongés dans une profonde léthargie.

 

Grands Rhinolophes en hibernation

 

Les murins : un monde complexe


Les murins forment un complexe d'espèces qu'il n'est pas toujours facile de déterminer. Plusieurs espèces se ressemblent mais leurs modes de vie diffèrent généralement. La plus grande espèce est le Grand Murin. Il semble rare dans le département où moins de 100 individus sont connus. Le Grand Murin se reprouit classiquement dans les vastes combles de bâtiments (église notamment) mais parfois aussi dans les structures creuses de viaducs ou, de façon plus rare encore, dans des cavités souterraines chaudes. Les cavités souterraines hébergent peu d'individus. Il est vraisemblable que l'essentiel de la population demeure en milieu bâti et échappe donc aux prospections classiques.

 

Grand Murin logé dans une réservation du viaduc autoroutier de l'autoroute A10

Le Murin à oreilles échancrées est une espèce qui s'installe aussi volontier dans les bâtiments, souvent en compagnie de rhinolophes. Nous connaissons peu de colonies et il est probable que l'essentiel de la population hivernante s'installe dans des caves ou des bâtiments froids. Près de 400 individus hibernent toutefois dans les fissures de quelques cavités souterraines.

Les Murin fissuricoles rassemblent plusieurs espèces morphologiquement proches : Murins de Daubenton, de Bechstein, de Natterer, d'Alcathoe, de Brandt et à moustaches. Tous apprécient les fissures ou les trous d'arbre pour se reproduire, voire hiberner. Nous connaissons peu de colonies de reproduction de ces espèces difficiles à repérer. Quelques dizaines d'inidivuds sont comptés dans les cavités souterraines durant l'hiver, l'essentiel des populations échappant à nos prospections.

 

Les pipistrelles : petites mais costaudes


Les pipistrelles sont représentées par quatre espèces de petite taille (4,5 cm en moyenne). Les Pipistrelles commune et de Kuhl sont fréquentes et s'installent souvent dans les habitations. La Pipistrelle de Nathusius est une grande migratrice capable de parcourir les 1500 km qui séparent les pays Baltes de la Charente-Maritime. La Pispitrelle pygmée (5 g) est très rare. Elle n'a été détectée qu'à deux reprises en Charente-Maritime.

 

Pipistrelle commune, cette espèce ne mesure que 4,5 cm

 

La Sérotine : la belle aux dents pointues


La Sérotine commune s'installe aussi en milieu bâti. Elle établit ses colonies sous les toitures et s'observe régulièrement en chasse autour des lampadaires. Sa machoire puissante lui permet de croquer hannetons et bousiers. Son régime alimentaire est cependant très varié. Autour des lampadaires, les sérotines chassent essentiellement des papillons de nuit.

 

Portrait de Sérotine commune

 

Les oreillards, véritables lièvres volants


Les oreillards se reconnaissent facilement à leurs oreilles, presque aussi longues que le corps. Deux espèces ont été inventoriées en Charente-Maritime ; les Oreillards gris et roux. Le premier s'installe souvent dans les combles où il forme de petites et discrètes colonies, généralement dissimulées derrière la poutre faîtière ou derrière des panneaux le long des murs. On l'observe parfois aussi dans les disjointements de ponts ou de murs. L'Oreillard roux est plus arboricoles mais s'observe parfois dans les charpentes.

 La Barbastelle, les yeux dans les oreilles



La barbastelle se reconnaît facilement à son pelage sombre poivre et sel et sa face plate étonnante et ses oreilles qui se touchent à la base. Cette espèce est fissuricole. Les colonies s'installent parfois dans les petits espaces entre les poutres.

 

Les noctules, rouquines aux reflets d'or


Les noctules sont de grandes chauves-souris qu'on voit souvent assez tôt le soir. Elles volent souvent assez haut, parfois au-dessus des lampadaires où elles chassent des coléoptères et de grands papillons. Trois espèces ont été inventoriées en Charente-Maritime. La plus fréquente est la Noctule de Leisler. Son pelage velouté est brun-gris. La Noctule géante est blond-roux, la Noctule commune rousse à reflets dorés. Ces deux espèces sont vraisemblablement migratrices en Charente-Maritime. La Noctule géante n'a été détectée qu'à moins de 10 reprises ; la Noctule commune est plus fréquente, notamment en automne. Les noctules s'installent généralement dans des arbres creux.

Le Minioptère, l'hirondelle de la nuit


En Poitou-Charentes, le Minioptère de Schreibers est une espèce en limite nord de répartition. Cette espèce ne s'observe que dans des cavités souterraines chaudes (où il se reproduit) ou froides (où il hiberne). Cette espèce s'assemble dans quelques colonies comptant parfois plusieurs dizaines de milliers d'individus. On en compte près d'une vingtaine en France. En Charente-Maritime, les effectifs fluctuent entre 300 et 3000 individus, l'espèce est plus abondante en Charente où jusqu'à 14 000 individus peuvent s'assembler dans quelques mètres carrés d'une grotte naturelle.

 

 Le Minioptère de Schreibers se reconnait à ses petites oreilles et son front bombé

Textes et photos de Philippe Jourde (LPO)